Sénégal : un sélectionneur sans contrat, un stade fermé… le chaos à quinze jours du Mondial

Gabriel Gromellon

28 mai 2026 13h00

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Sénégal : un sélectionneur sans contrat, un stade fermé… le chaos à quinze jours du Mondial

Crédit Photo - IconSport

Entre la situation contractuelle de Pape Thiaw et une dette qui prive les Lions de stade, la préparation sénégalaise vire à la crise.

On imaginait une préparation sereine, on assiste à un véritable feuilleton. À quinze jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, la sélection du Sénégal traverse une crise retentissante. Ce mercredi 27 mai, le départ des Lions pour les États-Unis a été retardé de trois heures, sur fond de conflit contractuel avec le sélectionneur Pape Thiaw. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : stade fermé pour dettes, entraînements en salle, tensions internes. Pour une nation finaliste de la dernière CAN, le contraste est saisissant. Récit d’un chaos avant le grand rendez-vous.

Un départ retardé de trois heures

La journée de mercredi devait être celle de l’envol vers le rêve mondial. Elle a viré au psychodrame. Initialement prévu à 15h, le départ de la délégation sénégalaise vers les États-Unis a finalement été repoussé à 18h.

La raison de ce contretemps de dernière minute ? La situation contractuelle de Pape Thiaw. Selon le journaliste de Dsports SN, Khadim Diakhaté, le sélectionneur aurait menacé de ne pas embarquer avec son groupe tant que son cas ne serait pas réglé. Un coup de tonnerre à quelques heures seulement du décollage prévu vers Charlotte, où les Lions doivent poursuivre leur préparation.

Un sélectionneur sans contrat depuis février

Au cœur de cette crise se trouve une situation aussi ubuesque que révélatrice. Le contrat de Pape Thiaw a expiré au mois de février 2026. Depuis cette date, soit plus de trois mois, le technicien officie sans aucune base contractuelle ni le moindre salaire.

Un petit geste, un grand changement. Malgré cette absence totale de cadre, Thiaw avait poursuivi sa mission pour préserver la stabilité du groupe avant le Mondial, précise Dsports. Mais le jour du départ, la coupe était pleine. Selon plusieurs médias sénégalais, son salaire mensuel serait estimé à environ 13 millions de francs CFA nets. Une situation qui rappelle les lenteurs administratives déjà observées sous l’ère d’Aliou Cissé, son prédécesseur.

L’appel décisif du président de la République

Pour dénouer la crise, il a fallu une intervention au plus haut sommet de l’État. Après plusieurs heures de tensions, c’est un appel téléphonique du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, directement à Pape Thiaw, qui a permis de débloquer la situation.

Cet échange a été décisif, rapporte Dsports. Le sélectionneur a finalement accepté de rester en poste et d’accompagner son groupe vers les États-Unis. Le vol a quitté Dakar en soirée. Que le chef de l’État en personne doive intervenir pour qu’un sélectionneur monte dans l’avion en dit long sur l’ampleur de la crise traversée par le football sénégalais.

Un stade fermé pour une dette de 100 millions

Comme si cela ne suffisait pas, un autre couac a marqué cette semaine de préparation. Selon Sport News Africa, l’équipe nationale a été contrainte de s’entraîner en salle mardi et mercredi matin. La raison est aussi surprenante qu’embarrassante.

L’accès au stade aurait tout simplement été refusé aux Lions par la SOGIP, la Société de Gestion des Infrastructures publiques. L’organisme réclamerait une dette de 100 millions de francs CFA à la Fédération sénégalaise de football. Une équipe nationale privée de pelouse pour cause d’impayés, à deux semaines d’une Coupe du monde : la situation a de quoi interroger sur la gouvernance du football local.

Le ministère des Sports se défend

Face à la polémique grandissante, le ministère des Sports est sorti du silence. L’institution a tenu à clarifier la situation entourant le contrat de Pape Thiaw, alors que les accusations fusaient de toutes parts.

Contrairement aux rumeurs, le ministère assure que le retard dans la formalisation du contrat ne lui est pas imputable. Les discussions autour du renouvellement impliqueraient à la fois la Fédération et le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. Un jeu de responsabilités croisées qui n’a fait qu’alimenter la confusion, et qui illustre les dysfonctionnements entre les différentes instances du football sénégalais.

Une indignation qui dépasse le sport

L’affaire a largement débordé du cadre sportif pour devenir un sujet de société au Sénégal. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le traitement réservé au sélectionneur d’une nation finaliste de la dernière Coupe d’Afrique des Nations.

Pour beaucoup d’observateurs, laisser un technicien travailler quatre mois sans contrat ni salaire, juste avant un Mondial, relève d’un manque de respect et de professionnalisme. La gestion de cette crise interroge sur la capacité des dirigeants à entourer leur équipe dans les meilleures conditions, à l’heure où d’autres nations peaufinent sereinement leur préparation.

Un climat délétère avant un défi immense

Au fond, ce chaos tombe au pire moment. Le Sénégal, l’une des grandes nations du football africain, débutera son Mondial le 16 juin face à la France, dans un groupe relevé. Un adversaire de prestige, qui exige une concentration maximale.

Or, difficile de préparer un tel rendez-vous dans un climat aussi tendu. Sélectionneur sans contrat pendant des mois, stade fermé pour dettes, départ retardé : voilà l’environnement dans lequel les Lions s’envolent vers leur Coupe du monde. Reste à savoir si ce contexte agité soudera le groupe ou, au contraire, fragilisera une équipe qui avait pourtant les moyens d’aborder le tournoi avec ambition. Le talent des Lions devra faire oublier les couacs de leurs dirigeants.