Coupe du monde 2026 : visas refusés, contrôles musclés… les polémiques se multiplient avant le coup d’envoi

Gabriel Gromellon

9 juin 2026 16h27

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Coupe du monde 2026 : visas refusés, contrôles musclés… les polémiques se multiplient avant le coup d’envoi

Crédit Photo - IconSport

À deux jours du début du Mondial, les mesures de contrôle du pays hôte américain suscitent de vives critiques de plusieurs délégations.

La fête devait être universelle, elle débute dans la controverse. À deux jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, prévu avec le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, plusieurs polémiques entourent l’organisation du tournoi. En cause : les méthodes de contrôle jugées très strictes des États-Unis, l’un des trois pays hôtes. Visas refusés, billets retirés, sélections fouillées sur le tarmac, arbitre refoulé : les incidents s’accumulent et contrastent avec le discours d’unité affiché par la FIFA. Tour d’horizon d’un avant-Mondial sous tension.

Des nations qualifiées sur liste noire

Le malaise ne date pas d’hier. Un an avant le tournoi, les États-Unis avaient déjà fait sensation en publiant une liste de pays soumis à des restrictions d’entrée sur le territoire. Or, parmi ces nations figurent plusieurs équipes qualifiées pour ce Mondial 2026, comme Haïti, l’Iran, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.

Un petit geste, un grand changement. Des dérogations ont certes été annoncées pour les équipes et leur staff. Mais les supporters, eux, ne bénéficient pas du même traitement. Selon Foot Mercato, ceux qui n’étaient pas titulaires d’un visa en cours de validité avant le 1er janvier 2026 ne pourraient pas se rendre aux États-Unis pour soutenir leur sélection. Une restriction qui prive de fait certaines nations d’une partie de leur public.

L’Iran, au cœur des tensions

Aucune sélection ne cristallise autant les difficultés que l’Iran. La participation de la Team Melli a été remise en question après le déclenchement d’un conflit armé impliquant le pays et les États-Unis, en début d’année. Un contexte géopolitique qui pèse lourdement sur la situation.

Comme le rapporte franceinfo, les incertitudes sur les visas ont contraint l’Iran à déplacer son camp de base de l’Arizona vers Tijuana, au Mexique. Les joueurs iraniens devraient ainsi entrer et quitter le territoire américain le jour même de leurs matchs disputés aux États-Unis. Plusieurs membres de la délégation, dont le président de la fédération Mehdi Taj, n’auraient par ailleurs pas obtenu de visa, selon des médias iraniens cités par franceinfo.

Des billets retirés aux supporters iraniens

La tension est encore montée d’un cran ces derniers jours. Ce mardi, la fédération iranienne de football a publié un communiqué, relayé par Eurosport et Al Jazeera, accusant les États-Unis de lui avoir retiré son quota de billets destinés à ses supporters.

« De manière inattendue, le quota accordé à la Fédération iranienne de football a été retiré », a dénoncé l’instance, se disant « dans l’incapacité de fournir le moindre billet aux supporters » iraniens. La fédération a qualifié cette décision de contraire à l’esprit des compétitions internationales et a appelé la FIFA à respecter les principes de neutralité et d’équité. Ni la FIFA ni les autorités américaines n’avaient commenté dans l’immédiat.

Un arbitre refoulé à la frontière

Au-delà des supporters, c’est aussi un officiel de la compétition qui a fait les frais de ces contrôles. L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, considéré comme le meilleur arbitre d’Afrique en 2025 et désigné par la FIFA, a été refoulé à son arrivée à Miami.

Le cas a interpellé. Selon le témoignage de l’arbitre recueilli par le New York Times, son entretien avec les services d’immigration aurait duré onze heures, avant qu’il ne soit placé en rétention puis renvoyé vers Istanbul sans explication. « J’avais tous les papiers en règle. J’avais le visa nécessaire », a-t-il déclaré. La FIFA, de son côté, a confirmé qu’Artan ne pourrait pas officier, indiquant ne pas intervenir dans les procédures d’immigration du pays hôte.

Des sélections contrôlées sur le tarmac

Les méthodes de contrôle des douanes américaines ont également fait réagir. Plusieurs délégations ont été soumises à des fouilles dès leur descente d’avion, dans des conditions inhabituelles pour des participants à un événement sportif international.

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Les joueurs et le staff du Sénégal, futurs adversaires des Bleus, auraient ainsi été contrôlés directement sur le tarmac en Caroline du Nord, puis passés aux détecteurs. Même traitement pour l’Ouzbékistan, dont la délégation aurait été inspectée par des chiens renifleurs et des détecteurs de métaux à même la rue, dès la descente du bus. Des images qui ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux.

Le contraste avec le discours de la FIFA

Ces incidents tranchent nettement avec les déclarations rassurantes de Gianni Infantino. Le président de la FIFA avait promis, après la Coupe du monde des clubs, que tout le monde serait le bienvenu pour le Mondial 2026.

« Nous voulons unir le monde et nous le ferons l’année prochaine », avait affirmé le dirigeant, appelant à rester positifs face à ce qu’il décrivait comme des idées fausses. Plusieurs observateurs soulignent le décalage entre ce discours d’unité et la réalité des restrictions observées. Une situation d’autant plus commentée que la FIFA n’a pas cherché à s’opposer aux décisions des autorités américaines.

Un principe juridique à rappeler

Pour nuancer la polémique, plusieurs analystes rappellent toutefois un point essentiel du droit américain. Comme le souligne le site Senego, aux États-Unis, un visa ne garantit jamais l’entrée sur le territoire : il autorise seulement son détenteur à se présenter à la frontière, la décision finale revenant aux agents de l’immigration.

Ce principe n’a pas été créé pour la Coupe du monde et s’applique en temps normal. Pour autant, la multiplication des cas concrets, touchant des joueurs, des officiels et des supporters, donne du poids à l’indignation actuelle. Pour de nombreux pays, notamment africains, l’enjeu dépasse le simple cadre administratif : il interroge le caractère réellement universel d’un Mondial dont l’accès semble filtré dès la frontière.

Une ombre sur la fête planétaire

Au fond, ces polémiques jettent un voile sur ce qui devait être une grande célébration du football mondial. À quelques heures du coup d’envoi, les sujets de crispation se multiplient, alimentant un sentiment d’injustice chez plusieurs délégations. Avant même des injustices sportives avec les nouvelles règles d’arbitrage pour la coupe du monde.

La FIFA et les organisateurs sont désormais attendus sur leur capacité à apaiser les tensions et à garantir des conditions équitables pour tous les participants. Reste à savoir si le terrain prendra rapidement le pas sur ces controverses. Car dans deux jours, le ballon roulera enfin, et le monde du football espère que la fête sportive saura faire oublier, au moins en partie, un avant-Mondial sous haute tension. La première Coupe du monde à 48 équipes n’a pas fini de faire parler, sur le terrain comme en dehors.