En plantant son camp de base en plein centre-ville, l’équipe de France rompt avec des décennies d’habitudes. Un choix qui ne doit rien au hasard.
D’ordinaire, on les retrouve isolés au bout d’un chemin de campagne, loin du bruit et des regards. Pas cette fois. Pour la Coupe du monde 2026, les Bleus ont fait un choix qui détonne : s’installer au beau milieu d’une grande métropole américaine. Depuis ce mercredi 10 juin, l’équipe de France a posé ses valises au Four Seasons de Boston, un palace cerné par les gratte-ciels et un parc trois fois centenaire. Derrière cette décision se cachent une rupture avec les habitudes de Didier Deschamps et quelques surprises bien gardées. On vous explique.
Deschamps tourne le dos à ses habitudes
Le sélectionneur a longtemps fait de la tranquillité une obsession. Lors des grands tournois, ses Bleus se réfugiaient volontiers dans des cadres champêtres et reculés, à l’abri de toute agitation. Une recette éprouvée, qui visait à préserver la concentration du groupe.
Un petit geste, un grand changement. Pour ce Mondial nord-américain, le staff a pourtant changé de logiciel. Exit l’isolement : place au cœur battant de Boston, sur Boylston Street, l’une des grandes artères de la cité du Massachusetts. Seul précédent comparable, l’Euro 2021 disputé en pleine pandémie, qui avait conduit les Tricolores à séjourner en ville à Budapest et Bucarest. Un virage assumé, dicté par la volonté d’offrir aux joueurs un environnement à la fois central et stimulant.
Un voisin vieux de quatre siècles
Mais l’emplacement réserve une jolie surprise historique. Juste en face de l’hôtel s’étend le Boston Common, un parc qui n’a rien d’anodin. Avec ses origines remontant à 1634, il est considéré comme le plus ancien espace vert public de tout le pays.
Ce poumon de verdure a traversé les siècles et les soubresauts de l’Histoire américaine. Avant l’indépendance des États-Unis, les troupes britanniques y avaient même établi leurs quartiers. Aujourd’hui paisible, ce vaste terrain de vingt hectares, voisin du Public Garden, offre aux joueurs un havre de fraîcheur à deux pas de leurs chambres. Mbappé et ses partenaires n’auront qu’une rue à franchir pour s’y aérer, dans une relative discrétion, le football n’étant pas la passion première des Bostoniens.
Un cocon transformé aux couleurs tricolores
Rien n’a été improvisé pour accueillir la sélection. Devancée de plusieurs jours par les joueurs, une délégation de la Fédération française de football a investi les lieux pour les métamorphoser. Objectif : recréer un petit morceau de France à des milliers de kilomètres.
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Le résultat se voit dès l’extérieur. Sur la façade, le drapeau bleu-blanc-rouge flotte aux côtés des bannières américaine et canadienne, en hommage aux pays organisateurs. À l’intérieur, l’atmosphère a été repensée pour que le groupe s’y sente pleinement chez lui. La FFF a par ailleurs réservé soixante-dix chambres pour son usage exclusif, avec un dispositif de sécurité renforcé pour préserver l’intimité des joueurs sans gêner les autres clients.
Tout un arsenal pour récupérer
Au-delà du décor, c’est surtout la performance qui a guidé le choix. Le Four Seasons met à disposition des Bleus un véritable plateau dédié à la remise en forme, atout déterminant lors d’un tournoi aussi exigeant qu’un Mondial.
Les joueurs y trouveront notamment une piscine, des bains froids et une salle de cryothérapie, ces installations qui permettent d’effacer la fatigue accumulée entre deux rencontres. Dans une compétition où les corps sont mis à rude épreuve, ces équipements pourraient peser autant que les séances d’entraînement. Le luxe de l’établissement se met ici au service du rendement sportif.
Le piège du bar pour le benjamin
Toutes les commodités de l’hôtel ne seront pourtant pas accessibles à l’ensemble du groupe. Le palace dispose d’un bar, où le reste de l’effectif pourra souffler. Mais une réglementation locale vient compliquer les choses pour l’un des Bleus.
La loi américaine ferme en effet l’accès des débits de boissons aux personnes de moins de 21 ans. À 20 ans seulement, Warren Zaïre-Emery se retrouve donc, sur le papier, interdit d’entrée dans cette pièce, là où ses aînés pourront s’attabler librement. Une situation pour le moins cocasse pour le jeune milieu parisien, rattrapé par les particularités de la législation outre-Atlantique.
Deux chefs pour un menu maison
Pour les estomacs tricolores, en revanche, aucune mauvaise surprise. La délégation a fait le déplacement avec son cuisinier attitré, Xavier Rousseau, qui œuvrera main dans la main avec Patrice Martineau, le chef français déjà en poste au Four Seasons. Une belle alliance franco-française derrière les fourneaux.
Les assiettes seront pensées pour des athlètes de très haut niveau, entre généreuses portions de pâtes et de riz et produits de la mer pêchés localement. Pour partager ces repas, un vaste espace commun a été aménagé, avec une table capable de réunir jusqu’à cent convives selon la Fédération. De quoi souder un peu plus le vestiaire autour des plats du pays.
La rançon d’un emplacement en ville
Ce choix d’un camp de base urbain a toutefois une contrepartie. Le terrain où s’entraîneront les Bleus ne se trouve pas sur place, mais à environ dix-sept kilomètres, sur le campus de l’université de Bentley, du côté de Waltham.
Chaque jour, les joueurs devront donc faire la navette entre leur hôtel du centre et leurs séances en banlieue. Un compromis pleinement assumé par l’encadrement, qui a préféré privilégier un hébergement central et confortable, quitte à imposer ces allers-retours. Une organisation calibrée au millimètre pour conjuguer bien-être et préparation sportive.
Un écrin à la hauteur des ambitions
Au fond, ce camp de base raconte l’état d’esprit d’une équipe qui ne veut rien laisser au hasard. En s’installant face à un témoin de la naissance des États-Unis, dans un cadre aussi prestigieux qu’inspirant, les Bleus affichent clairement leurs intentions à l’aube du tournoi.
Leur Mondial débutera le 16 juin contre le Sénégal, dans cette enceinte du New Jersey qui accueillera également la finale, le 19 juillet. D’ici là, Boston leur servira de port d’attache pour bâtir leur campagne. Entre les promenades dans un parc quatre fois centenaire et les bains froids du palace, les hommes de Deschamps ont trouvé le décor idéal pour viser les sommets. À eux, désormais, d’en faire un lieu chargé d’une nouvelle histoire : la leur.