Coupe du monde 2026 : la blague d’Infantino sur l’absence de l’Italie qui fait grincer des dents

Gabriel Gromellon

12 juin 2026 19h00

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Coupe du monde 2026 : la blague d’Infantino sur l’absence de l’Italie qui fait grincer des dents

Crédit Photo - IconSport

Le président de la FIFA a ironisé sur la non-qualification des quadruples champions du monde, provoquant la colère outre-Alpes.

Une plaisanterie qui passe mal. En marge du match d’ouverture de la Coupe du monde 2026 entre le Mexique et l’Afrique du Sud, Gianni Infantino s’est laissé aller à une boutade sur l’absence de l’Italie au tournoi. Évoquant un possible élargissement futur du format, le président de la FIFA n’a pas résisté à l’envie de tacler les quadruples champions du monde, absents pour la troisième fois consécutive. Une sortie qui a aussitôt déclenché l’indignation outre-Alpes, jusque dans la sphère politique. Retour sur une polémique aussi inattendue que révélatrice.

Une pique au détour d’une interview

Tout est parti d’une question anodine. Interrogé par la chaîne brésilienne CazéTV sur l’élargissement du format de la compétition, Gianni Infantino a d’abord évoqué la possibilité de passer un jour à 64 équipes, pour impliquer davantage le monde du football.

Un petit geste, un grand changement. Mais le dirigeant n’en est pas resté là. « Avec 64 équipes, l’Italie pourrait peut-être se qualifier », a-t-il lancé dans un sourire. Avant d’enfoncer le clou : « On pourrait même aller jusqu’à 208 équipes et voir si c’est possible. » Une boutade lourde de sous-entendus sur le déclin du football italien, prononcée par le patron du football mondial lui-même.

Une troisième absence humiliante pour la Squadra

Pour comprendre pourquoi la blague a autant blessé, il faut mesurer l’ampleur de la déchéance italienne. La Nazionale, l’une des sélections les plus titrées de l’histoire avec quatre étoiles, va manquer la Coupe du monde pour la troisième fois d’affilée, après les éditions 2018 et 2022.Ne cherchez donc pas l’Italie sur le programme TV de la coupe du monde, vous ne la trouverez pas.

Une situation inédite et profondément humiliante pour un pays passionné de football. Les tifosi, habitués à voir leur équipe jouer les premiers rôles sur la scène mondiale, vivent très mal cette traversée du désert. Dans ce contexte de crise, la moindre raillerie sur l’absence des Azzurri est forcément reçue comme une provocation. Et la sortie d’Infantino n’a pas fait exception.

La colère d’un député italien

La réaction ne s’est pas fait attendre, et elle a même pris une tournure politique. Gaetano Amato, membre de la Chambre des députés italienne, est monté au créneau pour dénoncer vivement les propos du président de la FIFA. Un signe de l’ampleur du ressentiment.

« Gianni Infantino prend plaisir à se moquer de l’Italie parce qu’elle n’a pas réussi à se qualifier ? N’oublions pas qu’il ne parle pas comme un simple supporter dans un bar, mais en tant que président de la FIFA », a fustigé l’élu comme le rapporte RMC Sport. Et de poursuivre : « Nous sommes les premiers à avoir honte du déclin de notre équipe nationale, nous n’avons pas besoin de ses plaisanteries de mauvais goût pour le constater. »

Un rappel des responsabilités institutionnelles

Au-delà de l’agacement, le député a surtout pointé un problème de posture. Selon lui, le statut d’Infantino lui impose une réserve que ses propos ont totalement bafouée. Une critique sur le fond, et pas seulement sur la forme.

« Un rôle qu’il occupe grâce au soutien de la fédération italienne et qui devrait imposer équilibre, respect et sens des responsabilités institutionnelles », a rappelé Gaetano Amato. Avant de conclure : « Se moquer de l’Italie est d’une mesquinerie rare, surtout de la part de quelqu’un qui devrait représenter le football mondial tout entier, Italie comprise. » Un reproche cinglant adressé au patron du football.

Le paradoxe d’un président aux racines italiennes

L’ironie de la situation n’échappe à personne. Car Gianni Infantino, bien que de nationalité suisse, possède des origines italiennes assumées. Un détail qui rend sa plaisanterie d’autant plus surprenante aux yeux des tifosi.

Le contraste est d’ailleurs saisissant avec ses propos passés. En 2022, lors de la précédente non-qualification de l’Italie, le dirigeant avait confié sur Rai Sport que cette absence lui donnait « envie de pleurer », évoquant avec nostalgie les grandes équipes azzurri de son enfance. Trois ans plus tard, le ton a radicalement changé, passant de l’émotion sincère à la raillerie. De quoi nourrir l’incompréhension transalpine.

Les Italiens regarderont quand même

Malgré cette amertume, les passionnés italiens ne comptent pas pour autant bouder la compétition. Un sondage réalisé début juin par l’institut SWG auprès de 800 personnes révèle un attachement persistant au tournoi, même sans la Squadra Azzurra.

Selon cette étude, 59 % des Italiens interrogés suivront tout de même la Coupe du monde, contre 19 % qui ont annoncé l’inverse, faute de Nazionale. Parmi ceux qui regarderont, 17 % comptent soutenir le Brésil, entraîné par leur compatriote Carlo Ancelotti, et 16 % l’Espagne. L’Argentine recueille 10 % des suffrages, tandis que la France et l’Angleterre se partagent la dernière place avec seulement 5 % chacune. Preuve que la passion du ballon rond survit à la déception.

Une polémique de plus pour Infantino

Au fond, cette sortie vient s’ajouter à une longue série de controverses entourant le président de la FIFA en ce début de Mondial. Entre les tensions diplomatiques, l’arbitre somalien refoulé et les questions sur l’organisation, le dirigeant est déjà sous le feu des critiques.

Cette blague sur l’Italie illustre une nouvelle fois la difficulté pour Infantino de trouver le ton juste. Si l’humour avait peut-être pour but de dédramatiser, il a surtout ravivé une blessure encore vive chez tout un peuple de football. À l’heure où la FIFA prône l’unité et la célébration du sport, ce type de raillerie détonne. Et rappelle que, même absente du terrain, l’Italie reste au cœur des conversations. Pour de mauvaises raisons, cette fois.