Les auteurs d’une étude remise ce samedi à la ministre des Sports proposent de supprimer ou d’assouplir l’interdiction prévue par la loi Évin.
Une bière dans les tribunes d’un match de Ligue 1 ? L’idée fait débat depuis plus de trente ans. Et la voilà relancée par un rapport dont a eu connaissance L’Equipe et qui remis ce samedi à la ministre des Sports Marina Ferrari. Au milieu de quinze recommandations, les rédacteurs en glissent une qui ne devrait pas passer inaperçue : revoir l’interdiction de la vente d’alcool dans les enceintes sportives françaises. Une proposition qui ravive un vieux débat entre santé publique, sécurité et expérience des supporters. Décryptage.
Une interdiction héritée de la loi Évin
Pour comprendre le débat, un rappel s’impose. Depuis 1991, la loi Évin interdit la vente et la distribution d’alcool dans les stades, les gymnases et plus largement dans tous les établissements sportifs.
Cette règle est aujourd’hui codifiée dans l’article L. 3335-4 du Code de la santé publique. Elle vise les boissons les plus alcoolisées, soit toutes celles dépassant 1,2 degré, un seuil qui exclut donc les bières comme le vin.
Une règle déjà bien remplie d’exceptions
Sur le papier, l’interdiction est ferme. Dans la pratique, le système ressemble à un labyrinthe. Les loges et salons VIP, où circulent volontiers les bouteilles, ne sont pas concernés par l’interdiction.
Un petit geste, un grand changement : les maires peuvent par ailleurs accorder jusqu’à dix dérogations par an aux associations sportives agréées, pour des durées limitées à 48 heures. De quoi nourrir, justement, l’argument d’une règle aujourd’hui jugée incohérente par certains.
L’argument des rapporteurs : « inefficace et inéquitable »
Voilà précisément ce que pointent les auteurs du rapport. Selon eux, l’interdiction de principe de la vente d’alcool dans les stades, prévue par la loi Évin, est devenue inefficace et inéquitable, compte tenu de la multiplication des dérogations.
Ils proposent donc, dans leurs recommandations, soit de supprimer purement cette interdiction, soit de l’assouplir. Une position qui rejoint les revendications anciennes de plusieurs clubs et de la Ligue de football professionnel.
Des enjeux économiques considérables
Derrière la question, il y a beaucoup d’argent en jeu. La vente de boissons en tribunes représente une manne potentielle pour les clubs, qui voient leurs homologues étrangers en profiter pleinement.
Plusieurs présidents de clubs estiment qu’une libéralisation, même encadrée, permettrait d’améliorer l’expérience des supporters et d’augmenter sensiblement les recettes liées au jour de match. Un argument économique pesant dans un football français en difficulté.
Les inquiétudes sanitaires et sécuritaires
Mais l’autre camp avance des arguments tout aussi sérieux. Les autorités sanitaires craignent une banalisation de la consommation d’alcool dans un cadre familial et populaire.
Sur le plan de la sécurité, les responsables du maintien de l’ordre rappellent les risques de violences en tribunes liées à la consommation. Aujourd’hui, c’est principalement à l’extérieur des stades que les spectateurs consomment, dans des conditions parfois jugées tout aussi problématiques.
Un débat qui peut faire bouger les choses
L’avenir de cette recommandation est désormais entre les mains du gouvernement. Toute modification de la loi Évin nécessiterait un débat parlementaire, et son issue est tout sauf garantie tant le sujet est sensible.
Mais à l’heure où les enceintes françaises cherchent à se moderniser, comme le réclame le même rapport, et où la Ligue 1 entame une nouvelle saison à découvrir via le calendrier 2026-2027, la question pourrait revenir avec force. Et impliquer aussi l’organisation des grands événements sportifs amateurs dans son sillage.
Un débat appelé à durer
Au final, ce rapport ne tranche rien, mais relance avec force un débat ancien. La France se distingue par sa rigueur en la matière, là où la plupart des grands championnats européens autorisent la consommation modérée.
Reste à savoir si l’argument économique parviendra à faire bouger les lignes politiques. Une chose est sûre : entre santé publique et finances des clubs, le débat est loin d’être terminé, et son issue dépassera largement le seul sujet du football.