Infantino règle ses comptes sur Instagram, mais son bilan idyllique résiste-t-il aux faits ?

Gabriel Gromellon

27 juillet 2026 11h59

Ajouter comme source préférée sur Google
Infantino règle ses comptes sur Instagram, mais son bilan idyllique résiste-t-il aux faits ?

Crédit Photo - IconSport

Le président de la FIFA a publié une longue lettre vantant un Mondial « parfait » et fustigeant ses détracteurs, sans permettre le moindre commentaire sous sa publication.

Le ton est offensif, la tribune verrouillée. Dimanche, Gianni Infantino a publié sur son compte Instagram une longue lettre en plusieurs images pour défendre l’organisation de la Coupe du monde 2026 et répondre à ses critiques. Repartagée sur les canaux officiels de la FIFA et leurs millions d’abonnés, la publication a été mise en ligne sans possibilité de commenter. Le patron du football mondial y dresse le portrait d’un tournoi sans le moindre accroc, tout en accusant la presse de « semer la haine ». Un récit qui mérite d’être confronté aux faits.

Un réquisitoire contre la presse

Le président de la FIFA ne cache pas sa cible. Il s’adresse directement à ceux qui, selon lui, se cachent « derrière leurs stylos » et leurs écrans pour répandre la haine et de fausses rumeurs, pendant que la FIFA serait, elle, « en première ligne ».

Le dirigeant suisse invite même ses détracteurs à méditer, prier ou simplement regarder un match pour observer les émotions des supporters. Une adresse au vitriol, inhabituelle pour un dirigeant de cette envergure, qui assume de diviser le monde entre ceux qui célèbrent et ceux qui critiquent.

Il conclut en se disant fier, en tant que président, d’avoir contribué à ce spectacle. Le tout sans jamais nommer précisément les polémiques qui ont émaillé le tournoi, et sans laisser à quiconque la possibilité de lui répondre sous sa publication.

« Zéro incident » : un bilan qui interroge

C’est l’affirmation centrale de sa lettre. Infantino évoque un tournoi marqué par une sécurité « à 100 % », « zéro incident, zéro hostilité, zéro violence », et sept millions de spectateurs venus de plus de 200 pays.

Plusieurs éléments documentés nuancent toutefois ce tableau. Un organe de surveillance rattaché au Conseil de l’Europe, le Groupe de Copenhague, a émis sept signalements liés à d’éventuelles anomalies de paris durant la compétition. La finale, elle, a été marquée par des sifflets lors de l’apparition d’Infantino et de Donald Trump.

Sur la question des visas, le président affirme que seuls quelques individus ont été refusés, face à des millions d’autorisations accordées. Il omet le cas de l’arbitre somalien Omar Artan, sélectionné par la FIFA mais empêché d’entrer sur le sol américain, ainsi que les difficultés rencontrées par des supporters d’Iran, d’Haïti ou du Sénégal.

Le silence sur les dossiers qui fâchent

Le récit d’Infantino contourne aussi les controverses les plus sensibles. Il évoque, sans le nommer, le fait que des décisions arbitrales ou disciplinaires discutables seraient « courantes » dans les grands championnats, une allusion à peine voilée à l’affaire Balogun.

Pour mémoire, la suspension de l’attaquant américain avait été levée après une intervention de l’administration Trump, provoquant la colère de la Belgique et de l’UEFA. La Fédération norvégienne réclame d’ailleurs qu’Infantino reconnaisse une erreur sur ce dossier.

Cette lettre intervient par ailleurs quelques jours après la fuite d’un autre courrier, adressé à la fédération argentine, dont nous détaillions le contenu dans notre article sur le message d’Infantino à l’Argentine après la finale, en pleine enquête de la FIFA sur les incidents survenus après la rencontre.

Un football qui unit, un président qui divise ?

Le paradoxe n’échappe pas aux observateurs. Infantino martèle que le football unit et dépasse la haine, tout en publiant un texte qui oppose frontalement la FIFA à ses détracteurs, sans nuance ni autocritique.

Certains points qu’il met en avant sont pourtant réels et positifs : la participation de l’Iran malgré les tensions avec les États-Unis, la fierté des petites nations comme Haïti, ou l’engagement des bénévoles. Personne ne conteste la dimension populaire de l’événement.

Reste la méthode. En verrouillant les commentaires et en renvoyant toute critique à de la « haine », le président de la FIFA choisit la posture plutôt que le dialogue, à un moment où les questions sur la gouvernance de l’instance n’ont jamais été aussi nombreuses.