Dix présidents montent au créneau contre le repêchage de Bordeaux

Gabriel Gromellon

5 août 2026 10h21

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Dix présidents montent au créneau contre le repêchage de Bordeaux

Crédit Photo - IconSport

À quelques heures de l’audience du CNOSF, des clubs de National 1 demandent à la Fédération de s’en tenir à la décision de la DNCG.

Ils n’ont pas attendu le verdict pour se faire entendre. Dix présidents de clubs appelés à composer la poule Ouest de National 1 ont publié mercredi un communiqué commun contre une éventuelle réintégration des Girondins de Bordeaux. Le texte est tombé quelques heures avant l’audience de conciliation programmée à 14 heures devant le Comité national olympique et sportif français. Les signataires y contestent aussi bien la méthode que les conséquences sportives d’un repêchage, dans des termes rarement employés publiquement à ce niveau.

Un chiffre au cœur de la contestation

Le point de départ de leur colère est le communiqué publié après le rachat par Sparta Capital, qui affirmait que le travail accompli par Gérard Lopez laissait au club une structure de coûts assainie.

Les présidents contestent frontalement cette lecture. Selon eux, ce redressement a essentiellement consisté à faire supporter les pertes par les créanciers, qu’ils énumèrent : clubs français et étrangers, contribuables locaux et nationaux, prestataires de services. Ils chiffrent à 70 millions d’euros le montant dont ces créanciers auraient été lésés.

Le texte ne ménage pas non plus les repreneurs, qualifiés de fonds ami. Le rachat annoncé fin juillet avait pourtant été présenté comme le sauvetage du club.

Une poule qui passerait de 16 à 17

La seconde partie du communiqué porte sur les conséquences concrètes. Les signataires rappellent qu’une décision favorable suivie par le comité exécutif ferait passer leur championnat de seize à dix-sept équipes.

Ils dénoncent un calendrier bouleversé à quelques jours de la reprise et redoutent qu’une équipe soit autorisée à démarrer plus tard que les autres, ce qu’ils jugent contraire à l’équité. Les groupes avaient été communiqués en juillet sur la base de seize clubs.

Un argument de procédure complète leur démonstration. Le CNOSF n’est en principe pas censé examiner d’éléments nouveaux par rapport au dossier étudié par la DNCG. Les présidents s’interrogent donc sur la prise en compte d’un rachat intervenu après la décision, et affirment que les fonds de garantie n’ont pas été versés dans les délais fixés.

Un appel direct à la Fédération

Leur demande est explicite : que la FFF donne du crédit aux travaux de sa propre DNCG et s’en tienne à l’exclusion prononcée.

Ils s’appuient sur la nouvelle loi relative au sport professionnel, portée par la Fédération, dont l’objet était selon eux de renforcer le rôle de régulation de la DNCG, notamment sur le contrôle des rachats de clubs et les situations de multipropriété. L’occasion, écrivent-ils, de démontrer que la volonté d’assainissement n’est pas qu’un affichage.

Les signataires sont les présidents du Stade Briochin, de l’US Granville, du Vendée Poiré, de l’Aviron Bayonnais, de Dinan Léhon, de Saint-Malo, de Locminé, de Saumur, des Herbiers et de Châteaubriant.

Du côté bordelais, la position reste inchangée : le club estime avoir apporté les garanties financières réclamées. L’avis du CNOSF n’étant que consultatif, la décision finale reviendra au comité exécutif de la Fédération.

Le communiqué des 10 présidents

C’est avec stupéfaction que nous avons pris connaissance du communiqué de Sparta Capital relatif au rachat des Girondins de Bordeaux. Ce communiqué indique notamment que « Grâce à ce travail (celui de Gérard Lopez), les Girondins disposent aujourd’hui d’une situation financière beaucoup plus saine et d’une structure de coûts durablement assainie, bien plus solide que celle héritée lors de la reprise ». Le « travail » dont il est question consiste, pour l’essentiel, à avoir fait payer par les créanciers de Gérard Lopez (clubs français et étrangers, contribuable, local et national, prestataire de service du club…) la possibilité pour le club de poursuivre son activité…

À l’heure où, pour la énième fois, le feuilleton estival du repêchage des Girondins de Bordeaux vient animer le football français, cette vision des choses laisse pantois. Rappelons en effet que, comme lors des inter-saisons précédentes, après avoir fait durer le plus longtemps possible les procédures devant la DNCG, et être passé le plus tard possible devant cette instance, le club a encore une fois été relégué. Rappelons également que, comme d’habitude, c’est à nouveau au CNOSF qu’il appartiendra de donner un avis à la FFF sur la décision définitive à retenir, alors que la DNCG de la même fédération a relégué les girondins… Et tout laisse à penser aujourd’hui qu’à la fin « c’est Lopez qui gagne » et que le fonds ami qui a racheté ce grand monument du football français va pouvoir poursuivre ses méfaits.

Pourtant, le comité national olympique et sportif français n’est pas censé prendre en compte, dans son analyse, d’éléments nouveaux par rapport à ceux fournis à la DNCG. Il faudrait donc comprendre d’un avis favorable aux Girondins que le rachat d’un club n’est pas un élément nouveau. Pourtant, les fonds qui devaient être versés en garantie ne l’ont pas été avant la date limite fixée par le CNOSF. Mais, là aussi, peu importe puisqu’il s’agit de sauver le soldat Bordeaux.

Avec comme un air de déjà vu, les 16 clubs qui devaient composer régulièrement une poule de National 1 vont se retrouver à 17, avec tous les déséquilibres que cela implique. Comme tous les ans, leur calendrier va être totalement bouleversé quelques jours avant le début de la saison. Et peut-être que, comme tous les ans, l’une des équipes engagées aura l’autorisation de démarrer la saison plus tardivement que les autres, en totale rupture avec la notion d’équité. Tout cela pour sauver un club, qui est certes un monument du football français, mais qui travaille en dépit du bon sens depuis de nombreuses années, là où d’autres moins réputés construisent leur projet avec sérieux et engagement. Tout cela pour sauver un club dont le nouveau propriétaire considère qu’avoir lésé des créanciers à hauteur de 70 millions d’euros constitue une opération de saine gestion.

La FFF devrait au contraire donner du crédit aux travaux de sa DNCG, qui ont conduit à écarter les Girondins de Bordeaux et s’en tenir à cette ligne. Il nous semble avoir compris que le sens de la nouvelle loi sur le sport professionnel, fortement portée par la Fédération, était précisément de renforcer le rôle de régulation de la DNCG, notamment sur le contrôle des opérations de rachats de clubs et en particulier lorsque les investisseurs sont en situation de multipropriété. Voilà une bonne occasion de démontrer que la volonté d’assainissement est réelle… ou que tout cela n’est qu’affichage. Car il y aura toujours de bonnes raisons de vouloir sauver des monuments aux mains d’acrobates de la finance, au détriment de clubs moins monumentaux qui se contentent de faire sérieusement leur travail et de respecter les règles de la FFF supervisées par la DNCG.

Guillaume ALLANOU, Président du Stade Briochin – Benjamin BAHU, Président de l’US Granville – Jean-Yves COUGNAUD, Président du Vendée Poiré Football – Santiago CUCCI, Président de l’Aviron Bayonnais FC – Laurent DARTOIS, Président du Dinan Léhon Football Club – Yves FANTOU, Président de l’US Saint Malo – Hervé LAUDIC, Président de la Saint Colomban Locminé – Stéphane MONTANIER, Président du Saumur Olympique FC – Dominique VINCENDEAU, Président du Vendée Les Herbiers Football – Jeff VIOL, Président des Voltigeurs de Chateaubriant