Sans Ligue des champions et avec des comptes dans le rouge vif, le club phocéen va devoir céder plusieurs éléments pour calmer le gendarme financier.
Il y a des saisons où le terrain et les finances se rejoignent pour former une mauvaise nouvelle. C’est exactement ce qui attend l’Olympique de Marseille. Faute d’avoir décroché son billet pour la Ligue des champions, et après des années de dépenses gonflées, le club est désormais contraint à un grand ménage estival. Plusieurs joueurs vont être poussés vers la sortie avant la fin juin, et le propriétaire Frank McCourt sera de nouveau appelé à la rescousse. Stéphane Richard, à peine installé dans le fauteuil de président, découvre l’ampleur du chantier. La leçon est rude : un échec sportif se paie aussi en millions.
Des comptes qui font froid dans le dos
Pour saisir la gravité du moment, il faut regarder les bilans. La saison 2024-2025 s’est terminée sur un trou d’environ 105 millions d’euros. Et le phénomène n’a rien de ponctuel : en cumulant les trois derniers exercices, le club affiche près de 157 millions d’euros de pertes selon les documents transmis à la DNCG.
L’exercice en cours ne devrait pas inverser la tendance. Même avec l’argent rapporté par la campagne européenne et quelques transferts encaissés, Marseille a continué de dépenser au même rythme. À cela s’ajoute un manque à gagner du côté de la billetterie, un Vélodrome moins rempli sur la fin de saison ayant rogné les recettes. Conclusion logique : le déficit à venir devrait au moins égaler celui de l’an passé.
Trois priorités, un seul mot d’ordre, l’urgence
La direction marseillaise avance avec un ordre de marche clair. La première urgence consiste à conclure des ventes avant la fin du mois de juin, afin d’alléger la note que devra une nouvelle fois assumer Frank McCourt et d’écarter le risque de sanction. Vient ensuite la question des salaires, jugés trop élevés au regard de ce que rapporte réellement le club. Le dernier chantier, la refonte de l’équipe, ne pourra démarrer qu’une fois le directeur sportif installé et le futur entraîneur désigné.
Un petit geste, un grand changement. Stéphane Richard s’est même rendu en Côte d’Ivoire ces derniers jours pour préserver un partenariat local chiffré autour de 4,5 millions d’euros. Lorsque la trésorerie souffre, aucune rentrée d’argent n’est négligeable. En coulisses, on confie que le nouveau dirigeant n’avait pas mesuré à quel point l’héritage serait lourd.
Balerdi, Hojbjerg, Rulli : trois cadres sur le départ
Tout le monde, ou presque, peut désormais quitter le navire. Et pour certains piliers, un départ arrangerait à la fois le club et le joueur. Leonardo Balerdi et Pierre-Emile Hojbjerg, qui ont porté le brassard cette saison, sortent éreintés d’un exercice agité : un nouveau départ apparaît comme l’option la plus saine pour les deux camps.
Le portier Geronimo Rulli partage cet état d’esprit, profondément affecté par les turbulences vécues ces derniers mois, même si sa décision n’est pas encore totalement tranchée. Le départ de ce trio aurait au moins un avantage immédiat : faire baisser une masse salariale qui avait grimpé jusqu’à 153 millions d’euros lors de la saison 2024-2025.
Aubameyang et Kondogbia, les salaires qui coincent
La question des rémunérations dépasse le cas de ces trois joueurs. Deux contrats pèsent particulièrement lourd sur les comptes : ceux de Pierre-Emerick Aubameyang et de Geoffrey Kondogbia, tous deux à un an de la fin de leur engagement.
Leur avenir figure parmi les dossiers prioritaires. Pour l’attaquant gabonais, un accord à l’amiable reste envisageable s’il trouve ailleurs un contrat avantageux et qu’il est libéré. Le cas du milieu de terrain, freiné à répétition par les blessures, s’avère nettement plus difficile à régler.
Greenwood, l’inconnue la plus délicate
L’avenir de Mason Greenwood, lui, reste suspendu. L’Anglais a fait savoir qu’il souhaitait poursuivre l’aventure à Marseille, où il a trouvé un certain équilibre personnel et noué des liens dans le vestiaire. Il attend néanmoins de connaître les intentions du futur encadrement avant d’y voir clair.
Son profil séduit en Italie, en particulier du côté de l’AS Roma, et suscite aussi de l’intérêt en Espagne. Mais le tarif refroidit les prétendants : l’OM ne lâcherait pas son attaquant en dessous de 60 à 70 millions d’euros, sachant qu’une part importante de la somme, 40 %, reviendrait à Manchester United. Un proche du club rappelle que ce genre de négociation s’étire souvent en longueur, surtout lors des étés de Coupe du monde.
Un McCourt contrarié mais toujours présent
Pour boucler ses comptes, l’OM devrait, selon plusieurs sources, dégager au minimum 50 à 60 millions d’euros de ventes d’ici la fin juin. Un objectif compliqué par une habitude désormais répandue dans le football : les clubs acheteurs étalent leurs règlements sur plusieurs années, si bien que l’argent d’un transfert ne tombe pas immédiatement dans les caisses.
Frank McCourt sera donc une fois de plus mis à contribution pour fournir des garanties financières. Son entourage ne cache pas son agacement : l’Américain espérait voir le club voler de ses propres ailes et moins solliciter sa fortune. Il resterait toutefois investi, conscient qu’il faut épauler Stéphane Richard dans cette passe difficile.
La DNCG en embuscade
Le rendez-vous de juin avec la DNCG s’annonce déterminant. Si l’actionnaire ne remet pas la main à la poche, le déséquilibre des comptes pourrait alarmer l’instance, qui dispose d’armes lourdes : limitation des dépenses salariales, voire blocage du recrutement.
Le patron du gendarme financier, Jean-Marc Mickeler, a tout de même tempéré, séparant le dossier marseillais de celui de Lyon et de son déficit de 200 millions d’euros. Sa mission, a-t-il insisté, consiste à ramener les clubs vers la stabilité, pas à les enfoncer. Quoi qu’il en soit, une nouvelle ère s’ouvre à l’OM : davantage de prudence, moins de coups de poker, et une volonté de ne plus tout miser sur la Ligue des champions ou sur le portefeuille de McCourt. L’époque des folies est révolue.