Football amateur : après l’agression d’un éducateur lors d’un tournoi, un cri d’alarme contre la violence

Gabriel Gromellon

26 mai 2026 14h14

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Football amateur : après l’agression d’un éducateur lors d’un tournoi, un cri d’alarme contre la violence

Crédit Photo - IconSport

Frappé par un parent lors d’un tournoi de jeunes, un éducateur de Six-Fours est hospitalisé. Le foot varois se mobilise.

Un tournoi de football pour enfants. Un dimanche matin censé être une fête. Et puis le drame. À Six-Fours-les-Plages, dans le Var, un éducateur de 48 ans a été violemment agressé par le père d’un jeune joueur. Hospitalisé en soins intensifs, Fabien Benachour, surnommé « Ben », souffre de fractures au visage et d’une hémorragie crânienne. Une scène qui a provoqué une onde de choc dans tout le football amateur de la région. Et fait naître une mobilisation sans précédent. Car cette fois, le monde du foot varois a décidé de dire stop.

Un tournoi de jeunes qui vire au cauchemar

Les faits se sont produits le dimanche 24 mai 2026. Ce matin-là, le club de Six-Fours Le Brusc FC organisait un tournoi réunissant plusieurs équipes U13, soit des enfants âgés de 12 à 13 ans. Une compétition de jeunes, dans l’esprit convivial qui caractérise le football amateur.

Mais à la fin du tout premier match, tout a basculé. L’éducateur de l’équipe locale a été pris à partie par le père d’un joueur d’un club voisin. Selon les témoignages recueillis par ICI Provence, l’homme n’aurait pas supporté une remarque de l’éducateur. Il l’a alors frappé au visage avec une violence inouïe, sous les yeux d’enfants venus simplement jouer au ballon.

Un éducateur grièvement blessé

Le bilan médical donne la mesure de la brutalité de l’agression. D’après les informations communiquées par le Sporting Club de Toulon, qui a apporté son soutien à la victime, Fabien Benachour souffre d’une fracture du plancher orbital et d’une hémorragie crânienne ayant nécessité une intervention chirurgicale. Pris en charge par les pompiers, il a d’abord été transporté à l’hôpital de La Seyne-sur-Mer.

Un petit geste, un grand changement. En quelques secondes, un coup porté au visage a transformé un bénévole passionné en patient des soins intensifs. L’éducateur a depuis été transféré à l’hôpital Sainte-Anne de Toulon, où il est suivi de près. Très apprécié dans le milieu du football amateur varois, « Ben » a immédiatement suscité une immense vague de solidarité.

150 personnes rassemblées en soutien

Cette solidarité s’est concrétisée dès le lendemain. Le lundi 25 mai au soir, environ 150 personnes se sont réunies devant l’hôpital Sainte-Anne de Toulon. Des éducateurs, des présidents de clubs, mais aussi de nombreux joueurs et parents, tous bouleversés.

Venus des clubs de Six-Fours, du Pradet, de La Garde, de Berthe ou encore de Mar-Vivo, ces bénévoles ont posé derrière des banderoles dénonçant la violence dans le football. Un rassemblement à la fois pour soutenir leur collègue hospitalisé et pour exprimer un ras-le-bol devenu général. Le message était clair : ce qui est arrivé à « Ben » ne doit plus jamais se reproduire.

« Si on ne fait rien, il n’y aura plus d’éducateurs »

Lors de ce rassemblement, les mots prononcés étaient lourds de sens. Au micro d’ICI Provence, l’un des éducateurs présents a confié une réalité glaçante, expliquant avoir déjà été menacé par des parents de son propre club et trembler certains soirs en rentrant chez lui.

Hichem, du Sporting Club de Toulon, a livré un avertissement saisissant, toujours auprès d’ICI Provence : « Ben n’est pas le premier à qui ça arrive. Si on ne fait rien, je pense que d’ici deux ou trois ans, il n’y aura plus d’éducateurs. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, nous sommes au pied d’un hôpital pour notre ami Ben, mais demain ça pourrait être encore plus grave. » Un cri d’alarme qui résume l’inquiétude de toute une profession bénévole.

Vers une association et des actions concrètes

Face à ce constat, les éducateurs varois ne veulent plus rester passifs. Ils envisagent de créer une association destinée à dénoncer ce type d’agressions et à coordonner la lutte contre la violence au bord des terrains.

Plusieurs pistes d’actions ont déjà été évoquées. Parmi elles : une grève des éducateurs, des rencontres à huis clos pour le premier match de la saison prochaine, ou encore l’organisation de tournois sans parents. Une autre idée consisterait à inviter les parents ou les enfants identifiés comme perturbateurs à venir encadrer des équipes, pour les responsabiliser. Après avoir contacté le District de Football du Var, ces bénévoles doivent se réunir prochainement pour décider d’une riposte commune.

Les élus appellent à la responsabilité

Du côté des autorités locales, la condamnation est unanime. Interrogé par Var-Matin, le maire de Six-Fours, Frédéric Boccaletti, a souhaité un bon rétablissement à l’éducateur et qualifié les faits de « scandaleux et irresponsables ». Le maire s’est interrogé, toujours auprès de Var-Matin : « Dans quel monde est-on pour qu’un parent agresse avec une telle violence un éducateur ? » Il a lancé un appel à la plus grande responsabilité des parents.

L’élu n’envisage toutefois pas d’interdire l’accès des stades à tous les parents, jugeant la mesure injuste pour la grande majorité qui se comporte bien. En revanche, il a indiqué qu’il ne serait pas choqué que l’agresseur, lui, soit interdit de stade, et espère une sanction sévère. Le maire a par ailleurs annoncé que la police municipale passerait désormais à l’intérieur des enceintes sportives lors des manifestations, et non plus seulement autour.

Le football amateur face à ses dérives

Au fond, cette agression dépasse le seul cas de Six-Fours. Elle met en lumière un mal récurrent du sport amateur : la violence de certains adultes en marge des matchs de jeunes. Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, le club de Six-Fours Le Brusc a résumé son amertume d’une formule forte : « Aujourd’hui, le football a perdu bien plus qu’un match : il a perdu ses valeurs. »

Le football est censé transmettre aux enfants le respect, le partage et le fair-play. Quand un terrain se transforme en lieu de violence, c’est tout l’édifice du sport amateur qui vacille. La mobilisation du foot varois envoie un signal fort. Reste désormais à transformer cette colère en changements durables, pour que les éducateurs bénévoles puissent continuer, sereinement, à faire grandir les enfants par le sport.