Dans les Pyrénées-Orientales, le dirigeant du FC Latour-Bas-Elne a été frappé par un parent lors d’un goûter pour les U7.
Ce devait être un goûter de fin de saison comme les autres, partagé entre les plus jeunes du club. Ce fut une scène de violence pure. Le samedi 30 mai 2026, Lorenzo Rubio, président du FC Latour-Bas-Elne, dans les Pyrénées-Orientales, a été agressé par le père d’un enfant licencié. Frappé devant des U7 ébahis, le dirigeant en sort avec une lèvre blessée et une dent fendue. Le club a aussitôt suspendu ses activités pour dénoncer un climat de violence qui n’en finit plus de gangrener le football amateur. Récit d’un nouveau drame qui révèle un mal profond.
Un goûter pour enfants qui dégénère
La scène s’est déroulée durant un après-midi qui devait être festif. Le samedi 30 mai, le club organisait un goûter pour ses joueurs de U7, ces enfants de moins de 7 ans qui découvrent à peine le football. Une fin d’année de section, dans une ambiance familiale, comme il en existe des milliers chaque week-end en France.
Mais selon le récit publié par ICI Roussillon, tout a basculé sans prévenir. Pour une question décrite comme anodine, un père d’enfant licencié s’en est pris verbalement à Lorenzo Rubio. Détail glaçant : l’homme tenait un bébé dans les bras au moment des faits. Les insultes ont rapidement laissé place aux menaces, puis aux coups.
« Il était hystérique, incontrôlable »
Le témoignage du président est sans équivoque. « Il était hystérique, incontrôlable », a confié Lorenzo Rubio au micro d’ICI Roussillon. Quelques mots qui résument l’ampleur du dérapage, sous les yeux d’enfants venus simplement profiter d’un moment convivial.
Un petit geste, un grand changement. Heureusement, le dirigeant n’est pas resté seul. Un éducateur bénévole et un autre père présents sur place ont rapidement compris la gravité de la situation. Ils sont intervenus pour mettre fin à l’agression et porter assistance au président. Sans cette réaction, le bilan aurait pu être bien plus lourd. Rubio s’en sort tout de même avec une lèvre blessée et une dent fendue.
Un club emblématique du foot éducatif
L’ironie cruelle de cette affaire, c’est que le FC Latour-Bas-Elne n’a rien d’un club anodin. Selon la Fédération française de football, ce club d’une commune de 3 000 habitants du Sud-Roussillon est même reconnu comme un « club lieu de vie » et club-pilote du Fondaction du football. Une institution profondément attachée aux valeurs éducatives du sport.
Lorenzo Rubio, professeur d’histoire-géographie au collège, incarne précisément cette philosophie. Le dirigeant n’hésite jamais à sacrifier ses vacances pour organiser des stages destinés à occuper les jeunes du village. Un engagement bénévole salué jusque dans les colonnes officielles de la FFF. Le fait qu’un tel homme soit la victime de cette agression rend l’histoire encore plus poignante.
« Ils croient que leur enfant est un futur Mbappé »
Au micro d’ICI Roussillon, le président n’a pas mâché ses mots sur les dérives constatées. Il a tenu à pointer du doigt l’attitude de certains parents, totalement déconnectés de la dimension éducative et sociale du football amateur.
« Certains sont complètement hors-sol. Ils croient que leur enfant est un futur Kylian Mbappé », a regretté Lorenzo Rubio. Et d’ajouter, toujours auprès d’ICI : « Au lieu de s’opposer à nous, ils devraient être à nos côtés, et être reconnaissants envers les associations qui font grandir leurs enfants et leur apprennent le vivre-ensemble. » Un constat lucide sur cette pression parentale démesurée qui, parfois, vire à l’absurde.
Le club suspend ses activités
Dès le lendemain de l’agression, la direction du FC Latour-Bas-Elne a réagi avec fermeté. Le dimanche 31 mai, le club a décidé de suspendre l’ensemble de ses activités. Une décision symbolique, mais qui en dit long sur la gravité ressentie en interne.
Dans son communiqué, le club a dénoncé un « climat de violence insupportable et inadmissible » autour des terrains de football amateur. Une suspension qui fait écho à d’autres mouvements de protestation observés ces dernières semaines dans le foot français, notamment dans le Var, après l’agression d’un éducateur de Six-Fours-les-Plages.
Une plainte déposée, un appel à la FFF
Sur le plan judiciaire, Lorenzo Rubio a décidé de ne rien laisser passer. Le président du club a déposé plainte contre son agresseur. Une démarche essentielle pour que les faits soient traités à leur juste niveau de gravité.
Mais Rubio ne s’arrête pas là. Au-delà de son cas personnel, il demande aux instances du district des Pyrénées-Orientales et de la Fédération française de football de mettre en place des règles plus strictes pour mieux protéger les bénévoles. Une demande légitime, alors que ces violences se multiplient. ICI Roussillon précise que le district de foot, contacté par la radio, n’a pas souhaité réagir.
Un mal récurrent du football amateur
Au fond, ce nouveau drame s’inscrit dans une série inquiétante. À Six-Fours, il y a moins de deux semaines, l’éducateur Fabien Benachour avait été violemment frappé par un parent lors d’un tournoi U13. Hospitalisé en soins intensifs avec une fracture du plancher orbital et une hémorragie crânienne, il avait suscité une vague de mobilisation dans le Var.
Aujourd’hui, c’est à Latour-Bas-Elne qu’un dirigeant est victime du même type de violence. Deux cas en quelques semaines, à des centaines de kilomètres de distance. Le phénomène n’a rien d’isolé : il révèle un mal structurel du football amateur français.
La survie d’un bénévolat menacé
Au-delà des incidents eux-mêmes, c’est l’avenir même du bénévolat sportif qui se joue. Comment continuer à donner de son temps gratuitement, pour le bien des enfants, quand on risque de finir aux urgences pour avoir simplement fait son travail de dirigeant ? La question devient existentielle.
L’appel de Lorenzo Rubio à des règles plus strictes mérite d’être entendu au plus haut niveau. Sans réponse forte des instances, les vocations se feront de plus en plus rares. Et avec elles, c’est tout l’édifice du football amateur qui vacille. Une chose est sûre : le football français doit ouvrir les yeux sur ce fléau, et vite. Avant qu’un autre Lorenzo, ou un autre Fabien, n’en paie le prix encore plus cher.