Zéro but, deux défaites, 85 millions de déçus : pourquoi la Turquie sombre déjà au Mondial

Gabriel Gromellon

20 juin 2026 14h00

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Zéro but, deux défaites, 85 millions de déçus : pourquoi la Turquie sombre déjà au Mondial

Crédit Photo - IconSport

Comment une sélection bourrée de talents a quitté la Coupe du monde sans marquer le moindre but, et pourquoi tout un pays réclame des comptes.

On l’attendait comme l’un des outsiders séduisants du tournoi. Et puis, en deux matchs à peine, tout s’est effondré. Et si le premier vrai séisme de cette Coupe du monde 2026 n’était pas un exploit, mais un naufrage ? Avec Arda Güler, Hakan Çalhanoğlu et Kenan Yıldız dans ses rangs, la Turquie rêvait des quarts pour son retour au Mondial après vingt-quatre ans d’absence. Résultat : éliminée dès la phase de groupes, sans avoir marqué. Au pays, la déflagration est totale.

Une élimination express qui tourne au cauchemar

Battue par l’Australie (2-0), puis par le Paraguay (1-0), la sélection de Vincenzo Montella a sombré sans jamais trouver la faille. Le plus rageant ? Face aux Paraguayens, les Turcs ont joué toute la seconde période en supériorité numérique, après l’exclusion de Miguel Almirón juste avant la pause.

Trente-deux tirs, et toujours rien. Un petit geste, un grand changement aurait suffi à tout faire basculer, mais l’attaque turque est restée muette. Le revers initial, déjà, avait fait l’effet d’une bombe, l’Australie créant la sensation face aux Turcs.

Cette stérilité a une portée historique. Sur ses deux premiers matchs, la Turquie a tenté 62 frappes sans marquer, du jamais-vu depuis l’édition 1966. De quoi transformer une déception en record peu enviable.

Au pays, une presse qui ne pardonne rien

Dès le coup de sifflet final, les médias turcs ont allumé l’incendie. Le quotidien Fotomac a parlé d’une véritable catastrophe, s’attardant sur les larmes de certains joueurs. Fanatik, lui, a désigné un coupable tout trouvé : le sélectionneur.

Les anciennes gloires ont enfoncé le clou. Sur TRT Spor, l’ex-international İlker Yağcıoğlu a estimé que Montella avait creusé sa propre tombe. L’ancien sélectionneur Şenol Güneş, reconverti consultant, a tranché en rappelant que le football est un sport de résultats, et que Montella en était responsable.

D’autres ont visé les stars. Nihat Kahveci, fort de ses 69 sélections, a pointé Güler, Çalhanoğlu et Aktürkoğlu, regrettant que les joueurs censés marquer n’aient pas répondu présent. Le commentateur Ahmet Çakar, lui, a résumé la colère populaire : selon lui, l’équipe a gâché le plaisir de 85 millions de personnes.

Un sélectionneur en sursis, un dernier match pour l’honneur

Nommé en 2023, Montella avait pourtant redonné des couleurs à la Turquie, avec un quart de finale à l’Euro 2024 et la qualification pour ce Mondial. Aujourd’hui, son avenir s’écrit en pointillés, et la question de son maintien agite déjà tout le pays.

Le sélectionneur, lui, a choisi la sobriété, évoquant une leçon douloureuse et appelant à s’appuyer sur la fierté pour rebondir. Il restera un dernier rendez-vous, face aux États-Unis le 26 juin, un adversaire qui vise lui de marquer l’histoire de son Mondial.

Pour la Turquie, l’enjeu se résume désormais à éviter une humiliation supplémentaire. Le détail des positions du groupe D est à suivre via le classement actualisé de la compétition.

Un immense gâchis à digérer

Reste une équipe à reconstruire et une désillusion à encaisser. Car le talent était bien là : il aura cruellement manqué l’essentiel, ce but qui change parfois le destin d’un tournoi.

La Turquie quitte la scène mondiale par la petite porte, avec une certitude amère. Sur le papier, cette génération valait mieux. À elle, désormais, de prouver que ce fiasco n’était qu’un accident.