Pourquoi l’Algérie saisit la FIFA alors que ça ne changera rien ?

Gabriel Gromellon

20 juin 2026 11h00

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Pourquoi l’Algérie saisit la FIFA alors que ça ne changera rien ?

Crédit Photo - IconSport

La Fédération algérienne sait qu’un recours ne fera jamais rejouer un match : sa démarche poursuit en réalité d’autres objectifs.

À quoi bon ? La question se pose dès l’annonce. En saisissant la FIFA ce vendredi pour contester l’arbitrage de sa défaite face à l’Argentine (0-3), la Fédération algérienne de football engage une procédure dont l’issue est connue d’avance : elle n’a quasiment aucune chance d’aboutir. Aucun résultat ne sera annulé, aucun match ne sera rejoué. Alors pourquoi se lancer dans cette bataille perdue ? Derrière le geste, il y a une logique qui dépasse largement le score du soir.

Ce que reproche concrètement la FAF

Avant de comprendre le pourquoi, un rappel des faits. Révélée par le média algérien TSA et confirmée par l’AFP, la saisine vise la prestation de l’arbitre polonais Szymon Marciniak, accusé d’avoir lésé les Fennecs.

Deux actions sont pointées. D’abord une semelle de Lionel Messi sur le mollet d’Aïssa Mandi, autour de la demi-heure de jeu, restée sans carton. Ensuite un coup de coude présumé d’Alexis Mac Allister sur Ibrahim Maza à la 74e minute, lui aussi non sanctionné.

Une issue connue d’avance

Voilà le cœur du paradoxe. Ce type de recours n’a, dans les faits, presque jamais d’effet concret sur un résultat acquis sur le terrain.

Un petit geste, un grand changement : l’Algérie le sait mieux que personne. En 2022, déjà, sa fédération avait contesté sa défaite face au Cameroun en barrages, avant d’être déboutée et de voir le dossier définitivement clos par la FIFA. L’histoire récente plaide donc contre tout espoir de renversement.

Premier objectif : envoyer un signal aux arbitres

Alors, pourquoi insister ? La première raison tient à la suite de la compétition. En portant l’affaire devant l’instance mondiale, la fédération met la pression sur le corps arbitral.

L’idée est simple : faire savoir que chaque décision sera scrutée, pour que les prochains matchs des Fennecs soient arbitrés avec une vigilance accrue. Un message envoyé moins pour le passé que pour les rencontres à venir.

Deuxième objectif : fédérer derrière la sélection

L’autre dimension est interne. En montant au créneau, la FAF se range publiquement derrière ses joueurs et épouse la colère de tout un pays.

Dans un contexte de défaite frustrante, ce geste a une valeur symbolique forte. Il transforme une déception sportive en cause commune, soude les supporters autour de la sélection et détourne une partie de la pression du résultat lui-même.

Le poids du symbole Messi

Reste que la polémique enfle aussi parce qu’elle touche une légende. Auteur d’un triplé et élu homme du match, Messi a égalé le record de buts en Coupe du monde, rejoignant Miroslav Klose avec 16 réalisations.

Difficile, dès lors, de ne pas y voir un débat plus large sur le traitement réservé aux stars. La non-exclusion de l’Argentin a nourri une intense polémique autour de ce rouge oublié, bien au-delà des frontières algériennes.

Un arbitre au passé chargé

Le choix de l’homme au sifflet ajoute à la charge symbolique. Szymon Marciniak n’est pas un inconnu : il officiait déjà lors de la finale du Mondial 2022 entre la France et l’Argentine.

Ce CV prestigieux donne une résonance particulière à la contestation. Aux yeux de la FAF, viser un arbitre de ce rang, c’est aussi donner du poids à sa démarche et s’assurer qu’elle ne passe pas inaperçue, même sans espoir de sanction.

Une bataille perdue, mais pas inutile

Au fond, la FAF ne se bat pas vraiment pour faire rejouer ce match. Elle le sait : la procédure restera, selon toute vraisemblance, sans suite sportive.

Mais sur le plan de l’image et de la mobilisation, elle a déjà marqué des points. L’essentiel se jouera désormais sur le terrain, dès le prochain match face à la Jordanie, dont l’enjeu se mesure à l’aune du calendrier complet du Mondial. C’est là, et nulle part ailleurs, que l’Algérie pourra vraiment se faire justice.