Sorti dès le premier tour sans la moindre victoire, l’Uruguay termine humblement derrière une nation novice, symbole d’un déclin que Bielsa n’aura pas enrayé.
Le football a parfois de ces ironies cruelles. D’un côté, l’Uruguay, deux fois champion du monde, nation mythique au palmarès gravé dans l’histoire. De l’autre, le Cap-Vert, petit archipel de 500 000 habitants disputant sa toute première Coupe du monde. À l’arrivée, c’est le second qui poursuit l’aventure, et le premier qui rentre à la maison. Cette image résume à elle seule le naufrage uruguayen de ce Mondial 2026. Retour sur une chute vertigineuse, qui scelle aussi la fin de l’ère Marcelo Bielsa.
Une hiérarchie renversée
Le classement final du groupe H a quelque chose de stupéfiant. L’Uruguay, double champion du monde, termine troisième, devancé par le Cap-Vert, deuxième et qualifié pour les seizièmes.
Un petit geste, un grand changement : pour les Requins bleus, c’est l’exploit d’une vie, eux qui découvraient la compétition. Pour la Celeste, c’est une humiliation, celle de s’incliner devant une nation qui n’avait, sur le papier, aucune chance de rivaliser. Le symbole est cinglant, comme le rappelle le parcours capverdien entamé en tenant tête à l’Espagne.
Pas la moindre victoire
Dans le détail, le bilan uruguayen donne le vertige. Deux matchs nuls, contre l’Arabie saoudite et le Cap-Vert justement, puis une défaite face à l’Espagne. Soit deux petits points en trois rencontres.
Jamais la Celeste n’a su s’imposer, dans une poule pourtant jugée largement à sa portée. Pire : face à l’Espagne, l’Uruguay n’a pas cadré la moindre frappe avant la 83e minute. Une stérilité offensive qui en dit long sur le mal qui rongeait cette équipe.
Un déclin pire qu’en 2022
Cette élimination n’a rien d’un accident isolé. Il s’agit du deuxième Mondial consécutif où l’Uruguay sort dès le premier tour, après le Qatar en 2022.
Mais la comparaison est encore plus accablante. Il y a quatre ans, la Celeste avait au moins décroché quatre points et une victoire. Cette fois, le total tombe à deux unités, sans le moindre succès. La régression est nette, chiffrée, implacable.
L’erreur de trop de Muslera
Le match couperet face à l’Espagne a cristallisé toutes les fragilités. Le tournant est venu d’une bourde de Fernando Muslera, 40 ans, coupable d’une faute de main sur la frappe d’Álex Baena.
Le gardien vétéran, déjà en difficulté, a demandé lui-même à sortir à la mi-temps, conscient de son erreur. Une sortie déchirante pour une légende aux 137 sélections, dont la dernière image en sélection restera ce geste manqué.
Bielsa, l’autocritique et le départ
Face à ce fiasco, le sélectionneur Marcelo Bielsa n’a pas fui ses responsabilités. L’Argentin, qui quitte ses fonctions, a livré une autocritique d’une rare dureté.
Il a estimé n’avoir rien apporté au football uruguayen en trois ans, balayant ses résultats passés. Lui qui s’était déjà décrit comme « toxique » assume désormais l’entière responsabilité d’un échec collectif, dans un vestiaire où ses méthodes étaient de plus en plus contestées.
Un géant à reconstruire
Au fond, cette élimination marque la fin d’un cycle pour une nation en quête de repères. L’Uruguay, longtemps redouté, doit désormais se réinventer après le départ de son sélectionneur.
La chute est rude, mais elle pourrait servir d’électrochoc. Pour suivre la suite d’un Mondial qui n’a pas fini de surprendre, et notamment l’épopée du Cap-Vert, le classement actualisé de la compétition reste la meilleure boussole. L’histoire, elle, retiendra cette nuit où David a fait tomber Goliath, comme le racontait notre récap de la nuit.