Averti à tort, un Argentin a vu son carton transféré au Suisse, synonyme d’exclusion. Une décision réglementaire, mais au timing dévastateur.
Il y a des décisions qui font basculer un match, et parfois toute une compétition. Dimanche à Kansas City, l’expulsion de Breel Embolo à l’heure de jeu a changé le visage du quart de finale entre l’Argentine et la Suisse. Éliminée 3-1 après prolongation, la Nati ne décolère pas. Pourtant, sur le plan du règlement, la décision de l’arbitre portugais João Pinheiro est défendable. Décryptage d’un épisode qui alimente les soupçons autour du parcours argentin.
Ce qui s’est réellement passé
La scène se déroule quelques minutes après l’égalisation suisse. Sur un duel entre Leandro Paredes et Breel Embolo, l’arbitre siffle une faute et avertit l’Argentin.
Mais la VAR intervient. Les images montrent qu’Embolo a amorcé sa chute avant même le moindre contact. Autrement dit, une simulation. Pinheiro annule alors le carton de Paredes et l’adresse au Suisse.
Problème : Embolo avait déjà été averti en première période. Ce second jaune vaut donc exclusion. L’attaquant quitte la pelouse en larmes, consolé par ses coéquipiers, laissant les siens à dix pendant cinquante minutes.
Une règle nouvelle et parfaitement légale
Cette situation illustre l’une des nouveautés de ce Mondial. Depuis le début du tournoi, la VAR peut corriger une erreur d’identification, c’est-à-dire quand un carton est adressé au mauvais joueur.
La décision est donc fondée sur le plan réglementaire. Et le précédent existe : en phase de groupes, le Paraguayen Miguel Almirón avait déjà bénéficié du même mécanisme face aux États-Unis, où Tim Ream avait été averti à tort. À la différence près qu’il s’agissait de son premier carton.
Autre donnée : Embolo devient seulement le quatrième joueur de l’histoire de la Coupe du monde à être expulsé sur un second jaune pour simulation, le premier depuis le Ghanéen Asamoah Gyan en 2006. La FIFA avait déjà dû défendre son arbitrage cette semaine.
La colère suisse et le doute qui s’installe
Le règlement d’un côté, l’émotion de l’autre. Le sélectionneur Murat Yakin n’a pas caché sa fureur après la rencontre.
« Nous avons été punis à cause d’une règle qui, à mon avis, est totalement inacceptable », a-t-il lâché, avant d’ajouter que « l’arbitre a pris la mauvaise décision ». Il a toutefois refusé d’affirmer que l’Argentine était favorisée, préférant saluer ses joueurs : « Mes garçons sont les vrais héros. »
Ce qui nourrit la frustration, c’est le timing. La Suisse venait d’égaliser et traversait son meilleur moment du match. Même le consultant argentin Omar da Fonseca a jugé la sanction sévère.
Reste un fait que peu contestent : la simulation d’Embolo était bien réelle. C’est le déroulé, plus que le fond, qui interroge. Lionel Scaloni avait déjà dénoncé une campagne contre son équipe.
Après la plainte égyptienne, cette nouvelle polémique s’ajoute à un climat pesant autour de l’Albiceleste. La FIFA, elle, n’a pour l’heure pas commenté la décision de Pinheiro contrairement à l’autre polémique du soir pour Angleterre-Norvège.