En sanctionnant les gardiens qui filment leurs matchs, la Fédération applique une règle. Mais elle risque surtout d’éteindre l’une des rares vitrines spontanées du football amateur.
Ils sont des centaines, peut-être des milliers. Chaque week-end, des gardiens de District accrochent une petite caméra au fond de leurs filets, filment leurs parades, leurs boulettes, leurs coups de gueule, puis publient le tout sur les réseaux sociaux. Certains rassemblent des audiences que bien des clubs professionnels envieraient. Pourtant, la Fédération française de football a choisi de leur faire la chasse. À Belfort, un gardien vient d’être suspendu. Et si la FFF se trompait de combat ?
Une règle claire, une application sévère
Il faut le reconnaître : la FFF ne sort pas cette interdiction de nulle part. Elle s’appuie sur une règle de l’IFAB, qui interdit de fixer tout équipement sur les buts. La Fédération aurait simplement demandé de la faire respecter cette saison.
Le cas du gardien de l’ASM Belfort n’est pas non plus totalement anodin : selon L’Est Républicain, il aurait accompagné sa vidéo d’une légende moqueuse envers l’arbitre. Une maladresse qui méritait sans doute un rappel à l’ordre. Mais une suspension conservatoire, avec au moins trois matchs manqués, pour un jeune joueur d’une équipe 3 ? Son club la juge « complètement disproportionnée ».
Une vitrine gratuite pour le foot amateur
Le paradoxe est frappant. Le football amateur peine souvent à se rendre visible, à attirer des bénévoles, à faire venir du public le dimanche. Et voilà qu’une génération de gardiens le met en scène d’elle-même, avec humour et passion.
Un gardien de District de l’Aube compte ainsi 460 000 abonnés sur TikTok. Ces vidéos montrent un football de proximité, authentique, souvent drôle. Elles rappellent aussi l’importance d’un poste souvent ingrat. Peu d’opérations de communication fédérales peuvent se targuer d’un tel impact.
Des caméras pour les arbitres, pas pour les gardiens
L’incohérence saute aux yeux. Dans le même temps, la FFF annonce distribuer 600 à 700 caméras aux arbitres amateurs pour sécuriser les matchs sensibles. La caméra serait donc un outil utile quand elle est portée par l’arbitre, mais une faute quand elle est posée dans les filets.
Plutôt que de sanctionner, la Fédération pourrait encadrer : définir un format de fixation autorisé, interdire les contenus dénigrant les arbitres, voire valoriser les meilleures vidéos. Le foot amateur a besoin de visibilité. Ses gardiens la lui offrent gratuitement. Il serait dommage de la confisquer.