Mondial 2030 : la FIFA rêve d’une Coupe du monde à 64 équipes, la polémique enfle

Gabriel Gromellon

22 mai 2026 12h00

Ajouter comme source préférée sur Google
Mondial 2030 : la FIFA rêve d’une Coupe du monde à 64 équipes, la polémique enfle

Crédit Photo - IconSport

Alors que l’édition 2026 inaugure le format à 48 nations, l’instance dirigeante songe déjà à voir encore plus grand pour le centenaire.

On pensait avoir atteint le sommet de la démesure. Visiblement non. À trois semaines du coup d’envoi d’une Coupe du monde 2026 qui réunira pour la première fois 48 sélections, une autre rumeur agite déjà la planète football. La FIFA réfléchirait à pousser le bouchon encore plus loin pour l’édition suivante, en 2030, avec un plateau de 64 équipes. Soit le double de ce qui se faisait il y a à peine quatre ans au Qatar. Et si le Mondial du centenaire devenait le plus gigantesque jamais organisé ?

D’où vient cette idée hors norme

Le projet n’est pas une invention de dernière minute. Il a germé au printemps 2025, porté par la Confédération sud-américaine, la CONMEBOL. Lors d’un Congrès de la FIFA organisé au Paraguay, son président Alejandro Domínguez a lancé l’idée publiquement, défendant un tournoi où aucune nation ne serait laissée de côté.

Le quotidien espagnol AS a relancé le sujet ces derniers jours, assurant que la piste reprend de l’épaisseur dans les couloirs de l’instance. Ce qui n’était au départ qu’une suggestion isolée commence donc à ressembler à une option sérieusement étudiée. Gianni Infantino, le patron de la FIFA, s’est montré ouvert dès le départ, glissant que toute proposition méritait d’être examinée.

Le centenaire comme prétexte parfait

Pourquoi 2030 et pas une autre année ? Parce que cette édition n’aura rien d’ordinaire. Elle célébrera le centième anniversaire de la première Coupe du monde, disputée et remportée par l’Uruguay en 1930. Une date hautement symbolique que les défenseurs du projet veulent transformer en événement unique.

Un petit geste, un grand changement. L’argument du centenaire offre un cadre idéal : un anniversaire qui ne revient qu’une fois par siècle justifierait, aux yeux de ses promoteurs, une compétition exceptionnelle par sa taille. La FIFA a d’ailleurs prévu un tournoi déjà inédit géographiquement, partagé entre l’Espagne, le Portugal et le Maroc, avec trois rencontres d’ouverture programmées en Uruguay, en Argentine et au Paraguay.

Le vrai moteur, l’argent et l’image

Derrière le discours officiel sur la fête universelle, les motivations sont aussi très concrètes. Infantino répète régulièrement qu’un Mondial est avant tout une grande célébration, en particulier pour les pays qui n’y ont jamais goûté. Multiplier les participants permettrait à chaque région du globe d’espérer une place sous les projecteurs.

Mais l’élargissement aurait un autre effet, nettement plus matériel : davantage de sélections signifie davantage de matchs, donc davantage de droits de diffusion et de recettes pour la FIFA. Avec 211 fédérations affiliées, ouvrir le tournoi à 64 équipes reviendrait à inviter près d’un tiers de la planète. Un argument financier difficile à ignorer.

Une levée de boucliers déjà bien réelle

L’idée est cependant loin de faire l’unanimité. L’UEFA, par la voix de son président Aleksander Ceferin, s’y est opposée fermement, jugeant la proposition mauvaise pour la compétition comme pour les qualifications continentales. Le dirigeant slovène a même trouvé étrange de découvrir ce projet sans en avoir jamais entendu parler auparavant.

La CONCACAF, la confédération nord et centre-américaine, partage ces réserves. Son président Victor Montagliani a clairement exprimé son scepticisme. Plusieurs nations sud-américaines elles-mêmes ne seraient pas convaincues. Les critiques formulées lors du passage de 32 à 48 équipes pourraient donc resurgir, amplifiées : calendrier surchargé, joueurs épuisés, et intérêt sportif dilué par la présence d’équipes très modestes.

Un casse-tête logistique pour les pays hôtes

Au-delà du débat de fond, l’élargissement poserait un problème pratique majeur. Passer à 64 équipes obligerait les organisateurs à revoir la carte des villes hôtes. En Espagne, Malaga a déjà quitté la liste, tandis que les cas de Bilbao et de Saint-Sébastien restent en suspens.

Plus d’équipes, c’est aussi plus de stades, plus de bases d’entraînement, plus de déplacements à coordonner sur trois pays et deux continents. Une organisation déjà complexe deviendrait un véritable défi. La FIFA ne se penchera de toute façon sur les détails du Mondial 2030 qu’une fois l’édition 2026 terminée, le 19 juillet, jour de la finale prévue dans la région de New York.

Un débat qui va rythmer l’été

Pour l’heure, rien n’est tranché. Le projet reste au stade de la réflexion, et le chemin sera long avant une éventuelle validation. Mais une chose a changé : ce qui semblait impensable il y a quelques années ne l’est plus vraiment. La FIFA a déjà prouvé, en passant à 48 équipes, qu’elle n’avait pas peur des révolutions de format.

La Coupe du monde nord-américaine, qui s’ouvre dans quelques jours, servira sans doute de laboratoire grandeur nature. Si le format à 48 séduit le public et les diffuseurs, l’argument des partisans du 64 en sortira renforcé. Dans le cas contraire, les opposants auront de quoi freiner l’ambition de Gianni Infantino. Le débat, lui, ne fait que commencer.