Le président de la FIFA a mis en ligne dimanche un bilan élogieux du Mondial, deux jours après avoir renoncé à son projet et alors que l’UEFA réclame son départ.
Le timing interroge. Dimanche, Gianni Infantino a publié sur ses réseaux sociaux une longue vidéo célébrant la Coupe du monde 2026, montage d’images spectaculaires porté par sa propre voix. Il y qualifie la FIFA de fournisseur officiel de bonheur pour l’humanité. Quarante-huit heures plus tôt, il avait été contraint d’enterrer son projet d’ouverture aux investisseurs privés. Et depuis samedi, l’UEFA demande ouvertement sa démission. Les commentaires de la vidéo ont été désactivés.
Une semaine qui a tout changé
Le projet présenté mardi dernier n’aura pas tenu quatre jours. Face à la fronde des confédérations européenne, asiatique et nord-américaine, Infantino a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi que la proposition ne serait pas mise en œuvre.
Sa formule reconnaît un échec sans le nommer : le projet aurait créé des divisions qui ne servaient plus l’objectif initial. Entre-temps, son conseiller principal Carlos Cordeiro avait démissionné, et l’UEFA menaçait de boycotter les compétitions de l’instance.
Le retrait n’a pas suffi. Les appels au départ se sont multipliés ce week-end, y compris du côté des ligues nationales.
Ce que la vidéo ne montre pas
Le bilan proposé par le dirigeant italo-suisse laisse de côté une partie substantielle de l’été. Rien sur les refus de visas qui ont empêché de nombreux supporters africains d’assister à la compétition, ni sur le cas de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, refoulé avant même son entrée sur le territoire américain.
Rien non plus sur la politique tarifaire, qui a fait de cette édition la plus chère de l’histoire du tournoi. Ni sur l’affaire Balogun, ce carton rouge annulé après un appel de Donald Trump, qui avait valu à Infantino de devoir s’expliquer publiquement en juillet.
Les images retenues sont celles des célébrations, des tribunes en fusion et des gestes techniques. Le récit proposé est celui d’un football qui unit le monde et le rend meilleur.
Une procédure inédite en jeu
La menace qui pèse désormais sur lui n’a aucun précédent. Selon le Telegraph, l’UEFA envisage de convoquer un Congrès extraordinaire pour soumettre une motion de défiance si le Suisse ne part pas de lui-même.
L’article 25 des statuts prévoit qu’un cinquième des associations membres, soit 43 sur 211, suffit à provoquer cette convocation. Avec ses 55 fédérations, l’UEFA dépasse largement ce seuil. Le Congrès devrait alors se tenir dans les trois mois.
Reste l’obstacle du vote lui-même : il faudrait 106 voix pour destituer le président. Or les fédérations africaines et sud-américaines lui restent largement acquises, notamment grâce aux programmes de développement. Depuis 1904, aucun président de la FIFA n’a jamais été renversé par un tel vote.
Infantino, lui, n’a pas commenté publiquement l’ultimatum européen. D’autres révélations sur le projet abandonné continuent par ailleurs de circuler.