Cinq jours après l’avoir dévoilé, le président de la FIFA a retiré son projet de société commerciale, sous la pression des confédérations et de démissions internes.
Rarement un projet de la FIFA aura fait aussi long feu. Présenté mardi, le plan de Gianni Infantino visant à ouvrir le capital d’une filiale commerciale à des investisseurs privés a été abandonné dès la fin de la semaine. Dans un communiqué diffusé vendredi soir, le président de l’instance a reconnu que son initiative avait provoqué trop de divisions pour aller plus loin. Un recul spectaculaire pour un dirigeant rarement contredit, qui referme un épisode de tension inédit au sommet du football mondial.
Un renoncement assumé du bout des lèvres
Le communiqué se veut mesuré. Infantino y explique avoir écouté tous les points de vue et constaté que le projet créait des fractures qui, quel que soit le soutien reçu, ne servaient plus l’objectif de départ. Sa formule est nette : la proposition n’ira pas plus loin.
Le président rappelle que la FIFA n’entendait avancer qu’avec l’accord d’une majorité de ses associations membres, dans un cadre de consultation. Une manière de présenter l’abandon comme le respect d’un processus, plus que comme une défaite.
Il assure enfin vouloir réunir de nouveau toutes les parties dans les prochaines semaines. La priorité affichée reste le développement du football là où les besoins sont les plus criants, en particulier dans les fédérations les plus fragiles.
Une opposition venue de partout
Le projet avait déclenché une contestation rapide et large. L’UEFA, la plus virulente, avait menacé de boycotter la Coupe du monde, tandis que la Concacaf et la Confédération asiatique manifestaient aussi leur hostilité. La Conmebol, elle, réclamait des clarifications.
La contestation ne venait pas seulement de l’extérieur. En interne, la démission du conseiller Carlos Cordeiro a porté un coup sévère à Infantino, comme le montrait le départ de ce proche lié à la Maison-Blanche. Le directeur des opérations avait lui aussi pointé un manque de transparence.
Même Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, est sorti du silence pour dénoncer un projet qui reviendrait, selon lui, à vendre une part de l’âme du jeu. Cette convergence des critiques a rendu la position d’Infantino intenable.
Un projet à plusieurs milliards enterré
Sur le fond, l’ambition financière était considérable. La FIFA voulait créer une entité baptisée FIFA Forward Enterprise, valorisée 20 milliards de dollars, et en céder environ 20 % pour lever jusqu’à 4,2 milliards.
Les fonds devaient servir à porter à 10 milliards de dollars le financement du développement du football sur quatre ans, avec un versement unique de 20 millions promis à chaque association. C’est notamment cette manne qui avait divisé les confédérations, comme l’illustrait l’accueil plus ouvert réservé au projet en Afrique.
Le recul intervient alors que la FIFA sort d’un Mondial aux recettes record. La question du financement du développement, elle, reste entière : Infantino devra trouver une autre voie pour la porter, sans rouvrir les plaies de cette semaine mouvementée.